Le Gardien des Livres
Au sommet d’une montagne oubliée, cachée par d’épaisses brumes, vivait un dragon pas comme les autres. Ses écailles étaient d’un bleu profond, semblable à l’azur d’un ciel d’orage, et ses ailes, d’un bleu clair délicat, évoquaient la lueur pâle de l’aube. Son nom était Azmir.
Contrairement aux dragons avides d’or et de pierres précieuses, Azmir ne collectionnait qu’une seule richesse : les livres. Son antre, une immense bibliothèque creusée dans la roche, regorgeait de grimoires aux couvertures de cuir usé, de parchemins délicatement enroulés, de carnets poussiéreux et de manuscrits aux calligraphies élégantes. Il les lisait, les préservait et, surtout, les protégeait des mains indignes.
Un jour, une rumeur parvint aux oreilles du seigneur Draven, un noble avide de pouvoir : un dragon cachait un trésor inestimable dans les montagnes. Pensant qu’il s’agissait d’or, il envoya ses hommes piller la tanière du dragon.
Lorsque les chevaliers gravirent la montagne et pénétrèrent dans l’antre, ils s’attendaient à voir des monceaux de richesses scintillantes. Mais ce fut le silence sacré d’une immense bibliothèque qui les accueillit. Azmir, perché sur un amas de livres, les observa d’un œil perçant.
— Si vous touchez à un seul de ces ouvrages, vous connaîtrez ma colère, gronda-t-il.
Les soldats, surpris mais déterminés, brandirent leurs armes. Azmir, d’un souffle puissant, relâcha une onde de magie bleutée. Aussitôt, les lettres des livres s’élevèrent en une nuée lumineuse et se transformèrent en chaînes d’encre enserrant les intrus.
Le seigneur Draven, venu en personne, tenta de récupérer un livre tombé au sol. Dès qu’il posa la main dessus, l’ouvrage s’ouvrit et une brume spectrale l’entoura. Il se vit projeté dans un monde d’ombres, condamné à errer dans les récits qu’il avait tenté de voler.
Depuis ce jour, plus personne n’osa s’aventurer dans la montagne du dragon bleu. Seuls les érudits et les conteurs y étaient conviés, trouvant refuge sous son aile, partageant avec lui les histoires du monde.
Et ainsi, Azmir devint le dernier gardien des mots et des savoirs, veillant pour l’éternité sur son trésor inestimable.
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